La revue littéraire et artistique

Film ancien, ringard ?

S’il est vrai que nombreux westerns ou bluettes des générations précédentes ne sont plus très digestes aujourd’hui, certains chefs-d’œuvres traversent les ans sans prendre une patte d’oie, à croire qu’ils connaissaient déjà les vertus du botox. Parmi ceux-ci, penchons-nous sur l’extraordinaire Les assassins sont parmi nous, film allemand de 1946 par Wolfgang Staudte.

Certes, vu l’allergie anti-boche consécutive à la guerre, nos parents ne l’ont évidemment jamais vu ; mais à présent que la blessure est cicatrisée, la chance nous est donnée de comprendre « l’autre côté », celui des « méchants » qui finalement, hormis quelques bourreaux fous et sanguinaires, n’étaient que des humains parmi d’autres. Dans un Berlin en ruines où, faute d’hommes vivants ou valides, femmes et enfants déblaient les débris par chaînes de seaux, et où les gamins fouillent les poubelles en quête de nourriture, les quelques privilégiés qui habitent les rares logements restés debout mais aux vitres brisées vivent en colocs aléatoires qui entraînent des confrontations bizarroïdes. C’est le cas des deux héros du film, une rescapée des camps et un chirurgien revenu choqué de la guerre, deux âmes perdues qui s’affrontent avant de tomber amoureux. Le rapprochement de ces deux victimes de la folie humaine permet d’évoquer sans s’y appesantir (c’est une des forces du film) des thèmes pourtant graves comme la culpabilité, la vengeance, les traumatismes des soldats, aliénants et peu reluisants pour l’image de la Nation ; ou plus « légers » comme la haine des comportements petit-bourgeois, du parasitisme ou des profiteurs de guerre.

Côté technique, le film est époustouflant et ahurissant de modernité par ses plans pris sous des angles obliques ou inférieurs, dignes des plus grands comme Orson Welles et Hitchcock.

Rediffusé récemment par la chaîne Arte, ne manquez pas l’occasion de voir ou revoir cette œuvre poignante et sublime. Vous n’en sortirez pas indemne mais le jeu en vaut la chandelle.

(c) Juliette Nothomb, écrivain, chroniqueuse littéraire et culinaire

2 réponses à “Film ancien, ringard ?”

  1. Hervé Catalano

    J’ai justement vu ce film sur Arte, vraiment superbe!

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