La revue littéraire et artistique

« Paysages japonais, de Hokusai à Hasui »

J’ai vu l’exposition « Paysages japonais, de Hokusai à Hasui » au musée Guimet ce dimanche de septembre 2017.

J’aime l’estampe nippone, les délicates ukiyo-e, 浮世絵, littéralement  les « images du monde flottant » en vogue à l’époque d’Edo (1603-1868).

Une centaine d’estampes de maîtres japonais constituent l’exposition. Lorsque le Japon s’ouvre à l’Europe c’est un bleu berlinois qui colore les paysage de mer d’Hiroshige et d’Hokusai, qui, inspirés par la peinture européenne, l’utiliseront conjointement.
A leur tour, les Japonais influenceront les artistes européens qu’ils s’agisse de Cézanne, Manet, Van Gogh, Monet, ou encore de Rivière…

Ici précisément, je suis envoûtée par les aplats de couleurs des oeuvres. Surtout par le bleu, le blanc et le noir. Ils constituent un support qui apaise le regard.
Voici de grands paysages que traversent des personnages contemplatifs ou de vagues silhouettes çà et là. Nous aussi, spectateurs figés et passifs, pénétrons l’oeuvre du regard.

J’ai une approche peu scientifique de cette exposition ; j’ai une vue surtout esthétique, ce qui est un parti pris : celui de « l’Art pour l’Art ».
A vouloir rendre l’art moralisateur, didactique, ou pire, « utile », on le dénature.
L’Art, à trop vouloir être expliqué, n’est plus Art.
Pourquoi l’Art doit-il être intellectualisé ? Je trouve les estampes de l’exposition sublimes, et c’est considérable, je n’ai pas besoin de leur trouver un sens.

Pour les amoureux du haïku, cette promenade documentaire est un voyage poétique, une visite chatoyante et mirifique.
A moins que cela ne soit le contraire ? C’est un émerveillement statique et une invitation au voyage de l’esprit ?
L’Art imite la nature ou la nature imite l’Art ?

Nous sont données à voir des oeuvres qui mettent en évidence des images fugitives et touchantes — puisque vouées à disparaitre  — de la vie. Il est rappelé que toute chose  est éphémère.
Le sentiment de vacuité propre à l’esthétique nippone est incarné dans un papier si fin, si vulnérable, qu’il menace de se déchirer si le regard se fait trop perçant.
Que cette dame de Cour en lourd kimono de cérémonie semble vaniteuse.
Devant un temple, cette ombrelle de papier de Chine qui s’envole et risque de se déchirer quand la tempête de neige fait rage, n’est-elle pas plus émouvante ?

Hasui

Le temple Zojo-ji à Shiba sous la neige, Hasui Kawase (1925)

J’ai été surprise par la petitesse relative des estampes : elle ne sont souvent pas plus grande qu’une feuille de papier A4. c’est le cas de La Vague d’Hokusai, jalousement dérobée à la lumière et dont le ressac délirant semble animé d’une vie propre.
Bien que merveilleuse, cette estampe n’est pourtant pas celle qui m’a le plus marquée.

J’ai surtout été fascinée par les images de neige et d’eau entremêlées de Hasui Kawase (1883-1957), le « trésor national » du Japon. L’artiste figure de petits flocons fragiles et purs qui touchent l’eau et meurent aussitôt, à l’instar de la fugacité de toute chose en ce monde. Le bleu-noir intense est d’une profondeur abyssale. Tout est maîtrisé parfaitement. Les contrastes, les mouvements sont saisissants.
Je me demande pourquoi Hasui n’a pas l’aura internationale de Hokusai ou de Hiroshige.

Neige du soir sur la rivière Edo, Hasui

« Viens –
Allons voir la neige
Jusqu’à nous ensevelir ! »

Matsuo Bashõ

Hasui a compris que tout trait de pinceau doit être rapide et fulgurant comme un coup de sabre.

Un trait agile. Le temps n’attend pas d’être saisi.

(c) Caroline Sauvage

 

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