La revue littéraire et artistique

Hokusai, le fou de dessin

Hokusai, le fou de dessin édité chez Hazan en 2014 regroupe des dizaines d’œuvres de l’artiste japonais commentées par Henri-Alexis Baatsch, écrivain et traducteur français contemporain qui a vécu au Japon.

Hokusai fut une figure de proue de l’Ukiyo-e (littéralement « images du monde flottant”), mouvement artistique japonais à la mode entre les XVIIe et XIXe siècles qui met en scène geishas, musiciens, acteurs, sumotori, et autres artistes. Le peintre japonais laisse derrière lui près de 30 000 dessins.
Mais ce n’est pas sa Vague où ses Vues du Mont Fuji qui m’intéressent le plus.
Loin de se limiter à la représentation classique et convenue de personnages élégants et de paysages réalistes, les estampes et dessins du maître sont parfois humoristiques — qu’on prenne le temps de regarder ses grotesques personnages maigres et leurs pendants obèses —  érotiques (voir le rêve d’une paysanne et des pieuvres lubriques) ou encore fantastiques (séries des fantômes).

Le livre dispose d’une couverture solide qui se referme par un ruban, lui donnant l’air d’un coffret. Il renferme des dizaines de reproductions des œuvres de Hokusai. Les images sont imprimées sur des feuillets pliés en deux et reliés par leurs extrémités, pour éviter de malheureux effets de transparence. Les reproductions sont éclatantes de pureté, tout est chatoyant, tangible, puissant. L’artiste avait l’œil. Son regard distancié, amusé, bienveillant, confère à ses paysages et ses portraits une intensité et une authenticité peu communes.

Le travail de fabrication des éditions Hazan rend un bel hommage à l’oeuvre de l’artiste grâce à la mise en page éblouissante.

Eternel apprenti, modeste, pratiquant volontiers l’auto-dérision, l’enseignement du maître est éternel.

Dès l’âge de six ans, j’ai commencé à dessiner toutes sortes de choses.

À cinquante ans, j’avais déjà beaucoup dessiné, mais rien de ce que j’ai fait avant ma soixante-dixième année ne mérite vraiment qu’on en parle.

C’est à soixante-treize ans que j’ai commencé à comprendre la véritable forme des animaux, des insectes et des poissons et la nature des plantes et des arbres.

En conséquence, à quatre-vingt-six ans, j’aurai fait de plus en plus de progrès et, à quatre-vingt-dix ans, j’aurai pénétré plus avant dans l’essence de l’art.

À cent ans, j’aurai définitivement atteint un niveau merveilleux et, à cent dix ans, chaque point et chaque ligne de mes dessins aura sa vie propre.

Je voudrais demander à ceux qui me survivront de constater que je n’ai pas parlé sans raison. »

Hokusai

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