La revue littéraire et artistique

Enfers et fantômes d’Asie au musée du quai Branly

Du 10 avril 2018 au 15 juillet 2018

 

Cette exposition rend hommage de façon spectaculaire aux grandes figures du démonisme asiatique, qu’il soit japonais, chinois ou thaïlandais.

 

enfer thai

L’exposition s’empare des histoires de fantômes en Asie, que cela soit à travers l’art religieux (bouddhiste principalement) puis profane : théâtre populaire, cinéma gore, manga ou jeu vidéo. Estampes de Hokusai côtoient affiches de films thaïlandais kitsch ou encore amulettes chinoises anti-démons et BD érotiques et horrifiques.
Je m’interroge sur le fait que l’Inde, ne soit pas présentée, elle regorge pourtant elle aussi de créatures fantastiques comme le Bhut, fantôme qui n’arrive pas à se réincarner, figure centrale de la mythologie hindoue.

A mon goût, toute la partie consacrée aux arts religieux, ne m’a pas étonnée ou intriguée beaucoup, puisque les tourments bouddhistes infligés aux enfers ressemblent aux tortures chrétiennes infernales. Le scénario est le même : vous êtes châtié pour vos péchés et l’infinie miséricorde de Bouddha ou de Jésus, vous sauvera. Je simplifie grossièrement, on me pardonnera. Les toiles sont schématiquement découpées en trois parties : enfer, terre, cieux et très codifiées.

Par contre, j’ai été beaucoup plus enthousiasmée par l’utilisation profane de cet art religieux à des fins de divertissement. L’engouement populaire pour un folklore horrifique et fantastique est légendaire en Asie et prend mille et une formes plus folles les unes que les autres.

J’ai récemment vu Kwaïdan de Masaki Kobayashi réalisé en 1964 et qui regroupe une série d’histoires de fantômes du folklore japonais classique. A mon sens, ce film est l’un des plus représentatifs du genre fantastique japonais : femme trahie et vengeresse, moine possédé à exorciser, fantômes de samouraï tués lors de la célèbre bataille navale de Dan-no-ura (1185). On retrouvera tous ces personnages au musée du Quai Branly.

Je fais ici le portrait des créatures qui m’ont le plus marquée :

  • La Kaibyô, la femme-chat, esprit qui est convoqué lorsqu’il y a une injustice, par exemple lorsqu’une jeune fille est poussée au suicide à la suite d’un viol. L’esprit prend l’apparence d’une belle femme et vient se venger sur terre. On peut considérer qu’elle a inspiré la Catwoman de Tim Burton, grand amateur de culture nippone.
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Kaibyô noroi numa, Yoshihiro Ishikawa, 1968

 

  • Oiwa, la femme-fantôme, la plus célèbre de tous les fantômes au Japon, apparait de façon inattendue pour terrifier et rendre fou. Anciennement empoisonnée et défigurée par son mari, elle se venge en le hantant. Hokusai en a fait une estampe magnifique.
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Le spectre d’Oiwa-san, Hokusai, 1831-1832.

 

  • Le jiangshi, vampires sauteurs chinois, très présents dans des films de kung-fu, sont prétextes à des scènes bouffonnes que l’on peut rapprocher de la commedia dell’arte. Plus comiques que terrifiants, ces spectres sont là pour distraire de façon déjantée.

JIANGSHI

 

  • Les Yokaï, créatures japonaises, sont des petits êtres du quotidien que le génial Hayao Miyasaki ou encore Keiichi Hara ont fait figurer dans leurs films d’animation. Le Kappa est l’un des yokaïs les plus célèbre, il s’agit d’un homme-tortue qui vit dans les points d’eau. Ambigu : ni gentil ni méchant, il est capable d’entraîner quelqu’un au fond de l’eau. Pour éviter de se faire capturer, s’il est hors de l’eau, il faut le saluer, car par politesse, il inclinera la tête en retour, et la petite cavité remplie d’eau sur son crâne se videra, et de peur de se déshydrater, il repartira dans l’eau.
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Un été avec Coo, Keiichi Hara, 2007

 

  • Les revenants affamés de l’enfer bouddhiste en Thaïlande
    Les représentations du Traité de cosmologie des Trois Mondes, c’est-à-dire les enfers, la terre et les paradis, sont aussi archaïques que les premiers royaumes thaï bouddhistes d’Asie du sud-est. Elles servent à faire peur et à montrer comment la loi du karma fait que l’on s’incarne dans l’une des différentes couches de l’univers en fonction de ses actes, bons ou répréhensibles. Leur bouche est minuscule et ils ne peuvent jamais se nourrir, si ce n’est d’effluves de nourritures.

les revenants affamés thai

Je recommande vivement cette exposition dirigée par Julien Rousseau, responsable de l’unité patrimoniale Asie au musée du quai Branly.