La revue littéraire et artistique

Gustav Klimt à l’Atelier des lumières

L’Atelier des Lumières utilise le procédé dit AMIEX lequel permet une immersion dans l’oeuvre grâce à une diffusion d’images sur 140 vidéo-projecteurs et de musique parvenant de 50 enceintes. Le succès de ce type de procédé déjà en vigueur dans les Carrières de Lumières à Baux-en-Provence a encouragé Bruno Monnier, Président de Culturespaces, à installer à Paris entre République et Bastille un atelier des Lumières dans une ancienne fonderie du XIXᵉ  siècle.

L’Atelier ouvre le 13 avril 2018 et commence fort puisque ce sont les oeuvres de Gustav Klimt, qui, pour le centenaire de sa disparition, sont projetées et animées en musique sur les 2000 m² de l’ancienne fonderie.

Dans la Vienne impériale, Klimt rencontre un grand succès, il s’impose comme le chef de file du mouvement artistique dit de « Sécession viennoise », courant qui vise à régénérer l’art et que l’on peut rattacher à l’Art nouveau, lequel puise son inspiration dans la psychanalyse freudienne, le symbolisme, les estampes japonaises, ou encore les motifs floraux gothiques. L’or et les ornements finement ciselés — probablement aussi des réminiscences du travail d’orfèvre de son père — typiques de ses oeuvres, resteront un symbole de cette révolution artistique. Période dorée, paysages bucoliques du lac autrichien de l’Attersee, femmes fatales sibyllines, circonvolutions végétales, formes géométriques et chargées de symboles, composent l’oeuvre énigmatique de Klimt, sans cesse en mouvement, sonnante et percutante, frontale.

Réalisée par Gianfranco Iannuzzi, Renato Gatto et Massimiliano Siccardi, avec la collaboration musicale de Luca Longobardi, cette programmation artistique spectaculaire nous invite à un voyage au coeur des oeuvres colorées et lumineuses de Gustav Klimt, de ses contemporains et de ceux qu’il a inspirés.

J’ai aimé l’Atelier, d’abord, évidemment, parce que j’aime Klimt, mais beaucoup aussi parce que le procédé d’exposition numérique est formidable. Je suis parfois lassée de me rendre à des expositions très classiques, où l’on trouve simplement les toiles accrochées au mur et assorties de commentaires factuels, rigides.

A mon avis, il faut cesser d’intellectualiser l’art, de le décortiquer et de le disséquer à outrance. On perd le charme et la beauté intrinsèques de l’oeuvre. Il faut aussi envisager de l’exposer de façon moins classique.

J’ai adoré ma visite parce qu’elle m’a procuré un choc esthétique.

Une expérience de l’Art.

Je n’attends rien d’autre, ou le reste est accessoire.

Les oeuvres chamarrées de Klimt, de ses contemporains, puis successeurs, projetées à l’infini s’harmonisent parfaitement avec les compositions de Wagner et de Beethoven qui accompagnent l’image. C’est beau et que vouloir d’autre ? Que demander de plus à un artiste que de nous enchanter ? Je suis persuadée que cette expérience toucherait des membres de ma familles qui ne sont habituellement pas intéressés par la peinture. Peinture qu’ils considèrent comme ennuyeuse, rigide, snob. Je crois que beaucoup de gens intimidés par l’art vont oser franchir la porte d’un musée dorénavant !

J’étais un peu sceptique avant de visiter l’Atelier d’art numérique. Je redoutais que les oeuvres soient simplement projetées statiquement sur les murs sans grand intérêt. Je m’inquiétais aussi de savoir si la reproductibilité technique des toiles par la biais de projection en myriades, n’allait pas faire perdre son aura à l’oeuvre. Je ne voulais pas avoir l’impression d’être à la fête foraine, qui dit plaisir esthétique ne dit pas faire le show !

Rien de cela, au contraire, ce fut une aparté apaisante, belle et unique. J’ai regardé la projection deux fois de suite en me plaçant selon des angles différents de ci de là, en observant en haut depuis le balcon, à mes pieds où la peinture se mouvait…
C’était onirique et éblouissant, j’ai eu l’impression incroyable de bouger, que ce n’était plus l’oeuvre qui se projetait, mais moi qui voyageais dans les paysages dorés et parfois délirants semblant émaner de films de David Lynch…

Ecrire, ici, n’a pas grand sens, il faut voir par vous même, jetez un regard, cela vous en dira plus long que tous mes éloges.

Bonne visite !

 

Gustav Klimt à l’Atelier des Lumières, Paris, jusqu’au 11 novembre 2018.