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La fin du monde est plus compliquée que prévu de Frank Thomas

Un premier livre loufoque et explosif, édité Aux Forges de Vulcain éditeur non moins original dans notre microcosme français des vendeurs de mots consensuels et qui rapportent de l’argent un condensé savoureux d’expressions colorées et imagées dont on pourra se délecter en lisant les quelques 432 pages de ce roman dystopique et farfelu, le premier de Frank Thomas, auteur et consultant en scénario pour la télévision et le cinéma.

Ce texte présente une galerie de personnages tous plus aberrants les uns que les autres, qu’il s’agisse d’un facteur illuminé au parler fleuri, d’une conseillère à l’emploi lourdingue et parfois lubrique, d’un traducteur cynique — Sylvestre, le personnage principal de cette épopée, notre antihéros antipathique, antisocial, entiché de tout un tas de pièces miniatures de collection — d’une policière alcoolique et dépressive, des « trois K », groupe de jeunes voyous qui ne font pas peur parce qu’ils ratent toujours leurs sales coups, de membres d’instances gouvernementales plus incompétents les uns que les autres…
L’annonce de la destruction imminente de la planète par le dirigeant de la Corée du Nord, qui veut la faire sauter à la fin de la semaine, réunit ces individus bigarrés et assez pathétiques, lesquels ne parviennent pas à trouver de consensus sur la façon de sauver le monde ou alors d’en finir dignement et catégoriquement.

Il y a beaucoup d’humour noir et de huitième degré dans ce texte, et quelle verve ! J’ai l’impression que Frank Thomas est un homme qui, parce qu’il est pudique et empathique, refuse l’étalage mièvre mélodramatique et neuneu de bons sentiments : il dépeint une humanité souvent absurde et horripilante parce qu’il a bien compris, lui l’auteur au coeur d’artichaut, que c’est la faiblesse ontologique de l’humanité qui la rend belle. Il préfère faire passer le message par la dérision, il laisse le soin au lecteur attentif de lire entre les lignes et de voir plus loin que le bout de son nez. Le regard porté par l’auteur est poétique et doux (méfiez-vous des méchants sardoniques, ils sont souvent terriblement sensibles ou sensiblement terribles) : c’est parce que l’Homme est mortel et conscient de l’être qu’il souffre — douloureusement conscient de sa fin inéluctable, l’homme se cherche des échappatoires et des divertissements pour cesser de penser au temps qui s’écoule…

Pour calmer les crises d’angoisse qui l’assaillaient lors de ses débuts dans la gendarmerie, Caprice avait tenté plusieurs méthodes. Elle avait ainsi tour à tour essayé avec persévérance le tango, la spéléologie, la peinture sur laine, le jokari, le poker, le LSD, les MMORPG, les régimes à base lait de chèvre, les régimes sans lait de chèvre, et le yoga. Rien n’avait eu de résultats aussi efficaces que les bitures magistrales auxquelles elle avait finalement abouti de manière empirique. Mais elle gardait quelques souvenirs de son cheminement (ah, cette partie de jokari souterraine sous LSD et lait de chèvre !) et il lui semblait se rappeler du yoga une histoire d’ouverture de sept chakras vers une vie nouvelle…

La fin du monde est plus compliquée que prévu, de Frank Thomas, Aux forges de Vulcain, un roman qui fait beaucoup rire parce que l’auteur manie les calembours avec talent ! Un roman qui touche aussi parce qu’il donne curieusement l’impression d’avoir un miroir plaqué devant soi.

 

7 réponses à “La fin du monde est plus compliquée que prévu de Frank Thomas”

  1. Urbain Virnot

    J’ai lu ce roman et je dois dire que j’ai bien ri. Franck a l’art de décrire des situations cocasses et inattendues, avec des personnages très typés qui ne savent plus très bien où ils en sont, après les catastrophes qui leur tombent dessus les unes après les autres.
    C’est le genre de roman qu’on peut lire sur la plage ou au bord de la piscine. Moi je l’ai lu dans les transports parisiens et mes voisins ont dû être surpris de voir mes épaules secouées par le rire…

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