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Alfonse Mucha au Musée du Luxembourg

L’exposition Alfonse Mucha ouvre au public ce jour et durera jusqu’au 27 janvier 2019 au Musée du Luxembourg.
Né en Moravie en 1860 (actuelle République tchèque), Alfonse Mucha arrive en France en 1887 et commence sa carrière d’illustrateur ; très tôt il se lie à Gauguin avec qui il partage un atelier ; leur amitié est immortalisée sur deux photographies présentées lors de l’exposition.

Formidable représentant de l’Art nouveau Mucha — peintre, sculpteur, photographe, décorateur, mais aussi professeur — est l’auteur de tous les possibles.
Ce sont quelques 195 œuvres de différents formats qui sont exposées au Musée du Luxembourg, et ce n’était pas trop tôt ! Notons que cela n’était pas arrivé depuis 1980 à Paris, année de la rétrospective Mucha au Grand Palais.

Durant la Belle Époque, les artistes élèvent l’affiche publicitaire au statut de création artistique à part entière. Dans les années 1890, la lithographie en couleur permet de satisfaire la demande exponentielle en publicités de la part d’entreprises variées. C’est dans ce contexte, que Mucha, ce Bohémien installé à Paris, se fait connaitre grâce aux affiches qu’il élabore dès 1894, année de la rencontre avec la tragédienne Sarah Bernhardt. Placardées en janvier 1895 sur les murs de Paris, les affiches de Gismonda connaissent un succès resplendissant. Il illustre des calendriers, on lui commande des emballages de savons ou de parfums : à cette époque, la majeure partie de son travail représente des femmes modernes et élégantes, les égéries de grandes marques ou des femmes du Monde. Il décore par ailleurs des façades d’immeubles et en 1899, le célèbre orfèvre et joaillier parisien Georges Fouquet, lui confie même la conception d’une collection de bijoux pour son stand à l’Exposition internationale de Paris en 1900. Mucha devient la figure par excellence de l’Art nouveau.

Chez Mucha, les femmes sont longilignes et évanescentes, leurs doigts sont raffinés et fins, leurs cheveux dessinent dans l’air des circonvolutions et des arabesques dansantes, leurs yeux sont grands ouverts, leur regard est curieux et pétillant, leurs vêtements sont chargés de bijoux. L’esthétique symboliste privilégie la femme arborant de nombreuses parures, la femme dont on doit célébrer la beauté en la sublimant. La femme est belle et libre, elle danse, et renferme en son sein des secrets mystiques, à commencer par celui de la vie, la femme enfin est puissante puisqu’elle inspire l’artiste.
Chez Mucha, la femme est parfois virginale, les couronnes de fleurs qui ceignent la tête, les rubans et autres ornements sont ceux des jeunes filles éthérées et pures que l’on retrouve souvent dans la peinture slave traditionnelle ; ces jeunes bergères perdues dans des rêveries mystiques ou romantiques, ces femmes du peuples dignes et belles.

Mais que l’on ne s’y trompe pas, même si la spiritualité est omniprésente chez Mucha — admirons ses vitraux et ses représentations religieuses — la suggestion érotique est pour autant puissante. Mucha représente des âmes sublimes qui s’incarnent dans des corps aux appétits charnels. La spiritualité désincarnée de l’intéresse pas. Les figures de la grandiose série picturale intitulée L’Épopée slave (1911-1926), incarnent à mon sens parfaitement cet équilibre entre le spirituel et corporel. L’Épopée slave célèbre l’identité slave à travers vingt grands épisodes historiques, politiques culturels, religieux, philosophiques qui ont forgé l’identité des peuples. Pour galvaniser les peuples (slaves croates, serbes, bulgares, tchèques, polonais, russes, et monténégrins), il faut les séduire. En effet, les corps sont vigoureux, fermes et sculptés, chargés de vie. Le peuple est heureux. Le peuple est fort.

epopee-slave

Détail de l’affiche du huitième festival de Sokol (spectacle historique sur la Vltava), 1925. Le Sokol et une paratique sportive associée à des activités patriotiques. Lithographie en couleurs

Mucha délivre un message universel qui transcende le patriotisme tchèque : il défend un humanisme maçonnique (il est initié au Grand Orient de France en 1898) qui vise à l’élévation spirituelle des peuples ; cet artiste porteur d’un message qui relie les hommes a été à tort réduit à son activité d’affichiste. Mucha est avant tout un artiste engagé. En 1939 tandis que la Tchécoslovaquie est sous l’occupation allemande, Mucha est arrêté et interrogé par la Gestapo, son art est considéré comme dégénéré. Bien que libéré quelques temps plus tard, sa santé se dégrade et il meurt le 14 juillet à Prague laissant derrière lui une oeuvre prolifique et complexe, ce qu’a le mérite de suggérer la scénographie de l’exposition. À chaque aspect de l’oeuvre de Mucha : populaire, patriote, mystique, cosmopolite, philosophique, correspond une ambiance singulière obtenue par un jeu de couleurs et de lumières où les contraste sont intelligemment maîtrisés.

Alphonse Mucha, 12 septembre 2018 – 27 janvier 2019, commissariat : Tomoko Sato, conservateur de la Fondation Mucha, Prague, une exposition à découvrir au Musée du Luxembourg.

3 réponses à “Alfonse Mucha au Musée du Luxembourg”

  1. Anonyme

    je connaissais certaines affiches sans savoir qui était l’auteur, et je m’aperçois qu’il était bien plus qu’un publicitaire de talent grâce à ton article bien documenté!

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