La revue littéraire et artistique

Coraline de Neil Gaiman, un conte noir et fantasmagorique

Dans mon enfance, comme beaucoup, j’ai lu le terriblement délicieux conte noir de Neil Gaiman, Coraline, publié chez Albin Michel jeunesse (2003). Véritable classique de la littérature jeunesse (et pas que !) fantastique et horrifique, Coraline a marqué mon enfance. C’est avec avidité que j’ai lu la nouvelle édition BD publiée très récemment par Delcourt. Cet album, dessiné par le talentueux  P. C. Russel et dont Lovern Kindzierski a été le coloriste, a remporté l’Eisner Award de la meilleure publication pour adolescents, c’est amplement mérité !

Pour ceux qui ne connaissent pas le pitch, Coraline, raconte les aventures d’une fillette de dix ans, qui, par ennui, se livre à toutes sortes d’explorations dans la grande maison gothique où elle vient d’emménager avec ses parents, maison qui semble animée d’une vie propre et où l’on croise « un vieux farfelu » qui élève un cirque de souris, deux sœurs ventripotentes et voyantes, anciennes comédiennes, d’un chat assez prétentieux… C’est un peu par hasard, mais aussi par jeu, que Coraline se laisse entraîner de « l’autre côté du miroir », dans « l’autre maison » — imitation maléfique de la première —  et se voit alors confrontée à son « autre mère » et à son « autre père », lesquels sont affublés d’inquiétants boutons tout noirs et luisants en guise d’yeux…
Comment la jeune fille va-t-elle s’extirper de ce piège, retrouver ses parents et sauver des âmes en peine, et comment un drôle de caillou percé en son centre peut s’avérer salvateur : c’est tout ce que vous découvrirez en lisant cette parfaite adaptation d’un roman culte.

Je salue la finesse du trait, la beauté des couleurs, l’extrême expressivité des traits, notamment ceux de « l’autre mère », cette sorcière terrorisante et mortifère, qui est le personnage que je préfère, parce que ses manigances grotesques pour garder Coraline auprès d’elle m’interrogent sur ses motivations réelles et profondes.
Russell a exactement réussi à rendre compte de l’atmosphère du roman originel : les personnages sont ambigus, voire malsains et souffrent d’une solitude qui les rend à moitié fous ; les jeux de dupes, les jeux pervers qu’élabore « l’autre mère », tentatives de déshumanisation, sont brillamment mis en scène d’une vignette à l’autre. Russel a exploité avec talent le caractère surréaliste de l’oeuvre de Neil Gaiman, où la peur et le grotesque se mêlent constamment. Je suis certaine que cette bande-dessinée ne manquera pas de séduire aussi bien les adultes que les plus jeunes.

Coraline, adapté du roman de Neil Gaiman par P. C. Russel, éditions Delcourt.

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