La revue littéraire et artistique

Dimension violences

« Artikel Unbekannt / Schweinhund (TRASH, Rivière Blanche) et Luna Beretta (Violences, GoreZine) sont heureux et fiers de vous proposer cet objet hybride et débridé présentant la substantifique moelle du fanzine Violences. Né de croisements maléfiques, échanges diaboliques et autres alliances méphitiques, ce recueil est à la fois en rupture avec la ligne des fanzines – pas de poésie et seulement deux illustrateurs –, et dans leur continuité évidente.
En effet, les vingt auteurs et illustrateurs figurant au sommaire de ce Dimension Violences ont tous été publiés au préalable dans Violences – le fanzine. Les soixante textes (oui, 60 !) et la demi-douzaine d’illustrations rassemblés ici permettent donc une « extension du domaine de la lutte », tout en restant on ne peut plus fidèles à l’esprit originel – et pour cause. En résumé et pour faire simple : nous sommes ravis de vous annoncer que vous allez prendre cher.

« Désunis, nous courrons à la catastrophe. Unis, nous y parviendrons » !
Quand Luna Beretta cite Cioran, ce n’est pas une menace, mais une promesse.

Cette rentrée littéraire sera Violente ou ne sera pas. »

Rarement un titre aura été aussi honnête et révélateur : « Dimension Violences », c’est du brutal, du direct, du brut de décoffrage, en un mot : du violent. Ce recueil (soixante textes, excusez du peu !) propose un voyage complet (mais peut-on vraiment se montrer exhaustif dans ce domaine ?) et éprouvant dans toutes les dimensions de la cruauté, du trash, de la perversion, du gore. En tout, ce sont vingt auteurs et illustrateurs qui livrent leur vision personnelle de la violence à travers de courts textes imprégnés de personnalités différentes, et de styles très variés. De la courte nouvelle de facture plus ou moins classique à l’écriture expérimentale, de l’autobiographie à peine déguisée au poème en prose, chacun des participants décline un terrifiant panorama de ce qui est inhérent à la nature humaine : la violence, la cruauté, le désir de contrôle et de domination sur l’autre. Sans fioriture, sans prendre de gants (ou alors, des cestes), on a droit à un voyage étourdissant à travers tout le spectre de l’ultra-violence, à côté duquel « Orange Mécanique » ressemble à une expédition de dames patronnesses émules de Gandhi au pays des Bisounours.

Alors, exhibition gratuite et indécente de tripaille, d’humeurs diverses et de cruautés sans nom, à l’usage exclusif de pervers, cette « Dimension Violences » ? J’y ai trouvé quant à moi une exposition radicale, sans concession, jusqu’au-boutiste, de l’aspect le plus sombre de la nature humaine, qui est le plus souvent occulté par la littérature conformiste. Y est étalée et dénoncée aussi (surtout ?) la violence sociale, sous toutes ses formes, de la plus évidente et brutale à la plus subtile, mais aussi néfaste. Sans oublier la violence à l’intérieur de la cellule familiale, celle qui peut sembler la plus inadmissible, la plus choquante.

Voilà pour le fond. Concernant la forme, j’ai découvert avec bonheur dans ce recueil une réjouissante diversité d’approches, de styles, qui sert judicieusement le propos et le parti-pris des anthologistes, Luna Beretta et Artikel Unbekannt, dont j’aurai certainement à vous reparler. Chaque auteur présent possède sa voix propre, son ton spécifique, ce qui évite l’impression de monotonie qui peut être ressentie à la lecture d’une anthologie thématique. Difficile -impossible est le mot exact- d’exprimer une préférence, et encore moins un classement parmi toutes ces approches différentes et ces talents variés. Mais je garderai sans doute longtemps le souvenir de « Xenogreffe » (Luna Beretta), de « Panique » (François Fournet), ou encore « Mondo Merdo » (Schweinhund) et « Exemple d’Utilisation des Forces productives dans une Économie mondialisée » (Christophe Siébert). Pas forcément un souvenir rassurant, au contraire, mais c’est le but de l’exercice…

À une époque où la littérature de bon goût se complaît et s’enlise dans l’automphaloscopie vertigineuse*, un livre comme « Dimension Violences » constitue une surprise salutaire, unique, comme un électrochoc qui réveillerait un corps social engourdi. Ou, comme l’écrit Luna Beretta : « une expérience parfois dure, mais indubitablement nécessaire ».

Dimension Violences, éditions Rivière blanche, anthologie présentée par Luna Beretta et Artikel Unbekannt.

*Néologisme personnel : « contemplation béate de son propre nombril, au risque d’y tomber, propre à de nombreux auteurs de littérature conformiste ».

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