La revue littéraire et artistique

Ainsi vont les morts, Alexandre Ratel

(La rédaction tient à informer ses lecteurs qu’aucun mort-vivant n’a été maltraité lors de l’écriture de cet article).

La littérature de Zombies (Z-lit?) a connu son heure de gloire voilà quelques années déjà, propulsée par la vogue de séries et de comics américains qui ont redonné au genre une popularité disparue depuis les films de George A. Romero. Depuis, les apprentis écrivains semblent avoir déserté le créneau, et les morts-vivants avides de chair humaine ne hantent plus trop les tables des librairies, ce qui n’est pas pour me déplaire, car je déteste les modes, et encore plus les suiveurs qui se contentent d’exploiter un filon découvert par quelques novateurs. Alexandre Ratel n’est pas de ceux-là, heureusement. Pourtant, il est évident qu’il connaît le sujet sur le bout des doigts, et si l’Académie se décidait enfin à fonder une chaire (chair?) de zombiologie, je ne doute pas un instant qu’elle lui serait attribuée à l’unanimité.

Car il saute aux yeux qu’Alexandre Ratel est un passionné, un amateur forcené du genre, un obsessionnel du mort qui marche, un spécialiste de la charogne ambulante et affamée de matière cérébrale fraîche. La preuve, en  treize nouvelles, il nous invite à un tour d’horizon complet de cette thématique bien codifiée par le cinéma, en réussissant le tour de force de renouveler le genre grâce à une bonne dose d’humour et de distanciation. Qu’il évoque un futur atrocement proche ou un présent cauchemardesque et paranoïaque, qu’il aborde le récit de guerre ou le style western, qu’il invoque le Moyen Âge ou bien d’étranges faux Pères Noël chargés de distribuer un peu de bonheur aux enfants témoins de l’Apocalypse zombie, Ratel étale avec culot une large culture cinématographique au service de sa monomanie ; qu’il mette en scène un Rambo jonglant avec une mitrailleuse, ou un village perdu dans un décor de l’Ouest sauvage, l’auteur parvient à susciter en nous des images issues tout droit du cinéma populaire. Armé d’un style direct et sans ornement superflu, il nous inflige le récit sans concession des affres d’humains réputés « normaux » face aux douteuses attentions de ressuscités cannibales atteints de décomposition plus ou moins avancée. Car, au final, c’est toujours de l’humanité qu’il s’agit, de ses efforts dérisoires pour s’adapter, pour survivre malgré tout, malgré l’horreur et la folie.

Grâce à la variété des décors et des tons qui composent les différentes nouvelles, l’ensemble du recueil n’engendre pas le sentiment de routine et de déjà-vu parfois rencontré à la lecture de certaines  anthologies thématiques, et dans chacun de ces récits j’ai trouvé un élément de nouveauté et d’intérêt qui m’a poussé à tourner la page suivante. « Ainsi vont les Morts » est donc une lecture agréable et originale, que je recommande aux amateurs de littérature d’épouvante et fantastique, mais aussi à ceux qui fréquentent les salles de cinéma « bis » et qui collectionnent les films de série Z.

Mais en attendant, je vais me préparer une petite collation, je ne sais pas ce que j’ai en ce moment, mais j’ai une envie folle de me préparer une cervelle…

Ainsi vont les morts, Alexandre Ratel, Rivière blanche, septembre 2018.

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