La revue littéraire et artistique

Le rapport Oberlander, Laurent Mantese

Merci à Malpertuis de m’avoir confié ce livre.

Quelque part à l’est de l’Europe, au cœur de la taïga, se dresse une forteresse de pierre sombre sur laquelle flotte la bannière nazie. Les sinistres préparatifs qui s’y déroulent et les épouvantables secrets qui se cachent dans ses profondeurs ne donnent guère envie de s’y rendre en visiteur.

C’est pourtant là que devra pénétrer Marcus, un détective privé londonien à la vie apparemment sans histoires, au terme d’un voyage déclenché par une tache de sang et un vieux livre, qui le mènera du fin fond des forêts de Finlande aux plaines de l’Ukraine déchirée par la guerre civile. Dans cette citadelle dirigée d’une main de fer par un groupe de fanatiques à la surprenante longévité, il espère trouver en effet la réponse au mystère de ses origines, de ses cauchemars et de son existence même.

Mais au bout de sa quête l’attendent aussi des horreurs plus anciennes que le temps, l’espace et les dimensions que nous connaissons…

Le « Rapport Oberlander » est un gros roman comme je les aime : sans se soucier des modes et des tendances, il déroule son histoire de façon simple et logique, naturellement, à la façon d’un fleuve qui roule son flot de mots et d’idées vers son embouchure.

Les étranges connexions entre les Nazis et l’occulte n’ont pas fini d’inspirer les auteurs de fiction, avec plus ou moins de bonheur. Cette fois, l’essai est réussi, grâce à la plume de Laurent Mantese. Depuis le prologue jusqu’à la conclusion implacable, nous suivons la quête d’identité d’un détective privé londonien, à la poursuite d’un ordre mystérieux qui, depuis le chaos de l’Europe de l’Est, tente de ressusciter les rêves terrifiants de Himmler et ses séides. Des forêts enneigées de Finlande aux plaines ukrainiennes, en passant par d’inquiétants souterrains où songent et complotent des entités chthoniennes, Laurent Mantese nous promène à la suite de son personnage dans un voyage halluciné, et pourtant tellement vraisemblable. Car le pur fantastique, ici, est aussi une occasion de nous dépeindre une Europe de cauchemar, où les séquelles de la dernière guerre mondiale et du nazisme continuent à laminer les peuples. Des seigneurs de la guerre, des affairistes pourris, des mercenaires, des miliciens profitent des bouleversements géopolitiques actuels pour se disputer le pouvoir et la gloire, et l’ombre des anciens empires recouvre une guerre oubliée en Ukraine. On peut songer aussi aux délires mégalomanes d’un Ungern-Sternberg qui voulait restaurer l’empire mongol au temps de la révolution russe, sauf que le Baron Fou ne disposait pas d’alliés surnaturels pour accomplir ses projets.

Loin du simplisme manichéen des aventures d’un Indiana Jones contemporain, Le Rapport Oberlander, sous le couvert d’aventures mystérieuses, place donc son lecteur face à des problématiques politiques bien réelles. Mais ce roman est loin d’être un pensum engagé : grâce à une écriture simple et précise et à un sens aigu du rebondissement, l’amateur de suspense et d’action y trouvera largement son compte. Habituellement, je n’apprécie guère la narration au présent de l’indicatif, souvent signe d’un manque de maîtrise et de technique. Ici, en revanche, ce mode permet une immersion encore plus intense dans le récit, en créant une proximité avec le personnage principal. Ainsi, l’intégralité du « Rapport Oberlander » baigne dans une atmosphère crépusculaire et sinistre, une ambiance de cauchemar éprouvante, hallucinée, qui donne à l’ensemble du livre une couleur digne des meilleures productions lovecraftiennes.

Alors, si vous voulez découvrir un auteur de talent à l’univers riche et au talent certain, si vous aimez le vrai fantastique, à l’opposé des productions formatées et prédigérées qui nous sont trop souvent proposées, lisez Le Rapport Oberlander, un de ces livres qui restent longtemps en mémoire et qui poussent à réfléchir au-delà des apparences.

Le rapport Oberlander, Laurent Mantese éditions Malpertuis, septembre 2018. 

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