La revue littéraire et artistique

Bohemian Rhapsody un film de Bryan Singer

Bohemian Rhapsody
Rami Malek (Freddie Mercury)

« Bohemian Rhapsody » d’après la chanson la plus controversée du groupe à sa sortie en 1975 est un formidable biopic qui retrace la majeure partie de la carrière de Freddie Mercury (Rami Malek), Roger Taylor (Ben Hardy), John Deacon (Joseph Mazzello) et Brian May (Gwilym Lee), membres du groupe mythique Queen. La ressemblance physique entre les acteurs et les musiciens qu’ils incarnent est remarquable, quant à l’interprétation de Rami Malek, elle s’avère précise et saisissante, on devine les heures passées à étudier la gestuelle et les mimiques de Farrokh Bulsara, immigré parsi qui deviendra la légende du rock que nous connaissons tous.
Si plusieurs médias notent que quelques détails du scénario de Anthony McCarten n’épousent pas parfaitement la réalité (ce qui est vrai), j’insiste sur le fait que le film de Bryan Singer a été réalisé sous l’égide de Brian May et de Roger Taylor respectivement guitariste et batteur de Queen et de John Deacon ex-bassiste du groupe à la retraite, trois hommes qui avaient plus que leur mot à dire sur la façon dont les faits avaient à être relatés. Le film a le mérite de se centrer sur la carrière d’un groupe qui, malgré les discordes qui n’ont pas manqué de menacer son unité, est resté soudé comme peut l’être une famille. Je mets au défi quiconque d’être capable de résumer en 134 minutes la carrière d’un groupe reconnu mondialement. De fait, le film a failli ne pas voir le jour, sa réalisation a été houleuse (conflits avec Bryan Singer, tergiversations quant au choix de l’acteur qui incarnerait Freddy Mercury…), le projet de réaliser un biopic sur Queen est lancé en 2010 et il a fallu attendre septembre 2017 pour que le tournage commence à Londres. C’était un pari audacieux et risqué ! Gagné ! Bohemian Rhapsody est avant tout un grand spectacle musical pour les fans du groupe, et en la matière, nous sommes servis avec John Ottman qui a composé la bande originale du film laquelle contient plusieurs titres du groupe et des enregistrements inédits du passage de 21 minutes de Queen au Live Aid, concert humanitaire pour l’Afrique en 1985.

Ce film a donc le mérite de se concentrer sur la musique et nous fait grâce aussi, je l’applaudis pour cela, des scènes érotiques gênantes que l’on aurait pu s’attendre à subir compte tenu de la vie sulfureuse de Freddie Mercury. Mais certains médias ne sont pas contents, ils auraient bien voulu voir du sexe entre hommes et déplorent le fait que la seule scène érotique du film (selon eux) soit celle avec Lucy Boynton dans le rôle de Mary Austin, compagne, puis amie du chanteur. Certes Freddie Mercury était homosexuel, mais il la considérait comme l’amour de sa vie, il lui a légué la moitié de sa fortune, ce n’est pas commun, mais Freddie Mercury était-il Monsieur-tout-le-monde ?  Alors rien d’étonnant à ce que leur histoire singulière occupe une place si importante dans le film. Et je ne suis pas d’accord quand des médias disent qu’il n’y a pas assez de jeux érotiques entre hommes. Les choses ne sont pas montrées prosaïquement, elles sont suggérées. Rami Malek rend très bien compte de la forte aura sexuelle du chanteur « cuir-moustache », il tient les foules, il en fait ce qu’il veut ! Les œillades entre hommes, les soirées décadentes organisées par Freddie Mercury qui sont filmés dans plusieurs plans, le baiser avec Aaron McCusker dans le rôle de Jim Hutton, son futur petit-ami, ne suffisent-ils pas ? C’est très inquiétant cette propension qu’a la presse de se focaliser sur la vie privée des gens (pour oublier peut-être la pauvreté de la leur). Cela est bien rendu dans le film lors de la scène de la conférence de presse où les journalistes se contentent de poser des questions d’ordre privé aux membres du groupe au lieu de le faire sur leur nouvel album. Notons que cette même presse qui aimerait regarder par le trou de la serrure fera censurer le clip « I Want to Break Free » en 1984 parce qu’elle considère choquant de voir des hommes (dont une « tarlouze ») travestis en femmes. Encore et encore, je constate que rien ne change en 2018 : les pseudos critiques qui se sentent tellement au-dessus de la plèbe sont les premiers à vouloir être choqués avec l’air de ne pas y toucher, ce Cul Klux Klan n’attend que cela : fournir à la masse matière à se baigner dans sa propre fange. Mais regardez ! C’est quand Freddie Mercury chante qu’il fait l’amour, ce n’est pas au lit ! Ce film montre avant tout des corps animés d’une passion pour la musique.

Voici un beau moment de cinéma grâce notamment à Rami Malek qui réussit à conférer toute la démesure et le surréalisme de Freddie Mercury, artiste sincère, prolifique, créatif et modèle pour nombre de ses pairs musiciens. C’est fascinant d’assister à la transformation physique du personnage qui se débarrasse de ses cheveux longs et de son look glam rock, somme toute banal pour une rock star dans les années soixante-dix, pour progressivement prendre confiance en lui et assumer pleinement ce qu’il est : un chanteur hors pair et un comédien incroyable aux mille visages, un arlequin chatoyant, lumineux aux myriades de costumes, tour à tour drama queen et icône gay sexy ! Que les plumitifs pénibles à lire ne pipent mot pour une fois ! Laissez-nous être heureux, et écouter la musique ! Merci aussi d’avoir évité le larmoyant pathétique à l’annonce du sida que contracte Freddie Mercury.

« Show Must Go On ! »

Bohemian Rhapsody un film de Bryan Singer en salle depuis le 31 octobre.

BohemianRhapsody_web

3 réponses à “Bohemian Rhapsody un film de Bryan Singer”

  1. Maria Battaglia

    je suis obligée d’aller voir le film après un tel article!

  2. Sandra Dubois

    Pas encore vu le film mais une critique comme on aimerait en voir plus souvent.
    Impressionnante!

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