La revue littéraire et artistique

La peinture engagée, décomplexée, pleine d’humour et réalisée avec aisance de Kudzanaï-Violet Hwami

Kudzanai-Violet Hwami, The Egg, 2016.
Courtesy of Alessia Antinori & Giorgio
Gallenzi.
© Kudzanai-Violet Hwami.

Au centre des peintures de Kudzanai-Violet Hwami, le corps, souvent nu, ou entremêlé, parfois en fusion avec un second personnage, est souvent mis en avant, fier, triomphant, affirmé, à la croisée des identités noires, et de son enfance, passée au Zimbabwe.

Vivant aujourd’hui à Londres, elle porte son regard sur son pays d’origine où se mêlent des portraits d’après photos de famille des années 70 qu’elle réinterprète, sous forme de collages digitaux. Plan par plan, se frottant à des angles de divers points de vue, cassant la perspective mais sur des petites surfaces seulement, sa mère est représentée le plus souvent frontalement au centre, avec sa sœur sur la toile, appelée Hosanna, Hosanna (2018).

« J’ai consulté nos archives familiales de photographies. Il y avait quelque chose de magique à leur sujet et j’avais l’impression de collaborer avec celui qui prenait ces photos. », écrit-elle.

Dans un second tableau, intitulé l’Oeuf (2016), cette femme à barbe ne regarde pas le spectateur comme elle ne se jauge pas dans le miroir. Elle ferme les yeux. Quel est le statut de cette femme ? Que dit-elle au spectateur ? Est-elle en état de méditation ? Elle semble détachée et libre des commentaires. Ne serait-ce pas le spectateur le voyeur dans ce cas ?

L’artiste connait ses classiques tout en prenant ses distances : on peut y voir quelques références —  et même s’il faut éviter de plaquer des lieux communs, la référence est frappante, tant sur la facture du tableau que son contenu — aux deux tableaux d’Edouard Manet : le fameux Déjeuner sur l’herbe et l’Olympia, datés de 1863 et à la Vénus à son miroir, de Diego Velázquez (1649-1651). Elle apporte une réponse inédite, concernant le rapport femme blanche et femme noire. Le tableau chahute les structures de la représentation, représentation du genre et des origines ethniques.

Elle agit même les yeux clos, en tant que peintre action/sujet social, ancré dans son temps, en communion directe avec les verdicts de sa génération. Visionnaire, elle met en place certains éléments sur la surface plate du tableau : une plante typique du Zimbawe en pot, un miroir et un œuf à moins que ce ne soit un fruit. Elle est assise sur un drapé blanc sur fond bleu.

De manière audacieuse et humoristique, l’Œuf montre la capacité transformative du corps dans une célébration afro punk de la culture LGBT. La pose rappelle celle du nu du Déjeuner sur l’Herbe de Manet, en rupture du classicisme et de l’académisme.
Cette peinture et ses affirmations datent d’avant le coup d’état de 2017 au Zimbabwe qui a obligé Mugabe à quitter le pouvoir.

Sans renoncer à s’inscrire dans la filiation de l’histoire de l’art, elle s’amuse à mélanger les genres : elle se représente tel un faune avec de petites cornes qui ose défier la pensée unique.

L’artiste nargue les assignations d’identité et de genre et s’expose au voyage, visant la découverte d’elle-même.

L’œuvre vivante de l’artiste soulève des questions concernant la diaspora, le déplacement et l’identité. Son processus consiste à expérimenter avec la photographie et les images collées numériquement, en utilisant celles-ci, pour créer de grandes œuvres sur papier ou sur toile avec de la peinture à l’huile fortement pigmentée, aux couleurs intenses.

« Je pense que mes peintures sont des visions d’un futur idéaliste — c’est une représentation du Zimbabwe qui découle de ma frustration face à la situation là-bas.»

Elle a pour volonté de soumettre un récit différent, une autre façon de voir la famille du continent africain. Elle se sent désormais libérée pour laisser la main et l’œil agir, selon sa fantaisie et pour qu’elle puisse à travers eux, se révéler. Elle peint ses proches et témoigne à quel point elle est influencée par les personnes avec lesquelles elle a grandi et à quel point tant de choses lui ont été transmises par le passé.

« Je pense que nous portons toujours, toute notre existence avec nous. Je suis toujours attirée par la peinture du Zimbabwe et de l’Afrique du Sud, mais mon travail ne reflète plus vraiment ma vie actuelle, à Londres. »

Elle utilise Tumblr (plateforme qui permet de poster des images et vidéos) et étudie les photographies de mode, de modèles africains et la relation entre leurs corps et l’arrière-plan. Aujourd’hui, les femmes de couleur, mannequins, sont aussi puissantes sur les réseaux sociaux que sur les podiums.

Elle s’oriente à travailler sur quelque chose de plus autobiographique et souhaite s’affranchir de la référence à l’histoire de la peinture. Cerner la question de l’identité reste sa priorité ainsi que la question de la sexualité et de la spiritualité.

Hosanna ! Hosanna !

Vue de l’exposition à la Halle de la Courrouze dans le cadre de « À Cris Ouverts », 6e édition des Ateliers de Rennes — biennale d’art contemporain Kudzanai-Violet Hwami Hosanna ! Hosanna !, 2018 Courtesy de l’artiste et Tybrun Gallery, London. Avec le soutien de Fluxus Art Projects. Photo : © Hervé Beurel

Les peintures de Kudzanaï-Violet Hwami sont exposées à la Halle de la Courrouze et au FRAC Bretagne, dans le cadre de la 6e édition des Ateliers de Rennes — Biennale d’art contemporain jusqu’au 2 décembre 2018.

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