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Renaissance chez Dargaud

2084, les pires scénarios prédisant la funeste destinée de la Terre se sont réalisés. La Fédération des Intelligences Mammifères décide d’engager une intervention sur cette planète en voie d’extinction. Swänn, jeune extraterrestre droit et ouvert, se porte volontaire. Originaire d’une planète apparaissant comme une version réussie de notre monde, il souhaite contribuer à pacifier la Terre et empêcher son anéantissement. Sa rencontre avec Liz, au Texas, marque le début du choc des deux mondes…

De l’anticipation et de la SF pour cette nouvelle série prometteuse chez Dargaud. Graphiquement, l’album est très réussi : le dessin est clair et dynamique, avec une mise en page qui sait allier classicisme et modernité. La mise en couleur est sans défaut, et ne cède pas aux modes du moment : pas de tons trop marqués, ni d’usage abusif d’effets informatiques, mais plutôt une BD classique rappelant parfois les œuvres de Moebius. Des petits bonus en fin d’ouvrage (esquisses, études de personnages et d’engins) permettent de mieux comprendre la technique du dessinateur, et les deux pages en noir et blanc du futur tome deux sont bienvenues pour mettre l’eau à la bouche du lecteur.

Le scénario commence aussi comme du très classique, ce n’est en effet pas la première fois qu’on nous décrit un monde qui subit une catastrophe, et cette planète Terre de 2084 n’est pas en reste : épidémies de maladies émergentes, pollution et hausse des océans, guerres et crises politiques, tous les ingrédients sont là pour nous dépeindre une humanité en pleine déconfiture. « L’humanité s’éteint, mes frères, mes sœurs », c’est d’ailleurs une des premières répliques de la BD. Après ces quelques planches d’introduction peu surprenantes,  mais nécessaires pour situer le contexte et présenter quelques personnages que nous suivrons, l’action change de cadre et l’aventure prend une tournure nettement plus science-fiction : loin dans l’espace, une confédération de civilisations avancées décide de venir sauver la Terre et son humanité souffrante. C’est l’occasion pour les auteurs de nous décrire un monde quasi idyllique, où les habitants vivent et prospèrent au sein d’une nature préservée, tout en profitant des avantages d’une technologie bien plus avancée que la nôtre. La mise en place de ce décor permet au dessinateur de créer un univers riche graphiquement, avec un environnement à la fois beau et dépaysant, une sorte de vision sublimée d’un jardin d’Éden exotique.

Une fois la décision prise par l’alliance des planètes extraterrestres d’intervenir pour sauver l’humanité, nous allons suivre en particulier la destinée d’un jeune couple de la civilisation des forestiers, mobilisé pour l’expédition sur Terre. Quel sera leur sort, celui des protagonistes humains, et celui de la planète toute entière ?

En plus de constituer une BD d’aventure et d’anticipation prenante et sympathique, « Renaissance » pose plusieurs questions graves : celles liées aux problèmes écologiques contemporains, bien sûr, mais aussi (ceci sera peut-être explicité dans le tome suivant) les difficultés liées à l’interventionnisme – même animé de bonnes intentions – de cultures avancées technologiquement pour régler des conflits locaux.

C’est le propre de la science-fiction intelligente de poser des problématiques actuelles, et « Renaissance » y parvient avec talent, tout en fournissant un premier tome dynamique et passionnant. Une série à suivre attentivement, donc…

Renaissance, scénario de Fred Duval et Frédéric Blanchard, dessin de EMEM, éditions Dargaud.

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