La revue littéraire et artistique

Dérangé que je suis, Ali Zamir

Dérangé est un modeste docker de l’île d’Anjouan vêtu de vêtements rapiécés et qui trimballe un charriot rafistolé pour tenter de gagner chaque jour sa vie. La rencontre avec une femme vénéneuse et sublime change sa vie : engagé par  cette « déesse » à remporter un pari stupide qui l’oppose au trio maléfique et grotesque des Pipipi (les dockers Pirate, Pistolet et Pitié), Dérangé voit sa monotone existence bouleversée. Les aventures tragi-comiques qui attendent Dérangé réjouissent et émeuvent tout à la fois.

J’étais broyé, du noir jusqu’aux yeux. Tout se chamboulait en moi. Les idées se bousculaient et se tamponnaient vertigineusement. Ciel ! Quel chiendent ! J’étais dans une impasse, grillé jusqu’aux ongles. non seulement j’avais à affronter demain les Pipipi dans cette satanée course, mais aussi à faire face à cette femme aguicheuse qui n’avait rien en tête que de m’embarquer dans son jeu. Mon esprit tournait à vide. Il fallait me délabyrinther les idées.

Petit bijoux de poésie cruelle et drôlatique, ce court roman du Comorien Ali Zamir est un travail d’orfèvre. Il est à la fois une invitation au voyage (à la découverte de la colorée île d’Anjouan, de ses délices, de ses traitrises), et une célébration de la langue française dont il réhabilite certains termes anciens ou incongrus très peu usités et tombés injustement dans l’oubli.

Ce conte philosophique, qui me rappelle sous certains aspect ceux de Voltaire – ironie, dénonciation des privilèges, violence, verve implacable – est une synthèse de ce que la littérature est capable d’offrir de plus beau : rêve, émerveillement, musicalité de la langue.

Assurément le Tripode, a déniché un grand auteur !

Dérangé que je suis, Ali Zamir, janvier 2019, Le Tripode.

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