La revue littéraire et artistique

Au pays de l’enchantement, Galerie | Joseph

(c) Jimmy Seng

Dans les contes, revêtir la peau d’un animal permet symboliquement au héros de ne pas perdre son âme. Pas étonnant que la jeune artiste Julia Haumont aime les contes et en particulier, Peau d’âne et les illustrations de John Tenniel, d’Alice au Pays des merveilles. Diplômée des Beaux-Arts de Paris depuis juin 2018, Julia Haumont fait face à l’univers onirique, terrifiant et fascinant en nous proposant l’itinéraire de petites filles non assagies. Le conte est une façon de se laisser « habiter » par des versions qui évoquent la destinée de l’Homme, ses épreuves, d’écouter avec plaisir, tout en méditant son sens le plus profond. Julia se saisit d’histoires familiales, issues de photographies, pour marquer le passage au temps, par des installations de fragments de tissus, voiles ou dentelles. À la recherche de textures et de palettes de couleurs, elle emmêle des fils, perles et broderies. Elle reconstruit son enfance comme une seconde peau, telle un archéologue, pour en reconstituer une nouvelle image d’elle-même.

La peau est le lieu d’écriture du désir. Elle inscrit toutes ces matières très fines, à la surface souple constituée par un assemblage régulier de textiles entrelacés pour des compositions récentes. Reliées entre elles, les étoffes qu’elle teint elle-même constituent une compilation qui peut résonner en chacun de celles et ceux, qui veulent approfondir l’ambiguïté de la rencontre entre l’innocence présumée de l’enfance et une féminité voluptueuse.

L’artiste teint de la toile à beurre, ce tissu aéré et aérien. Cette touche-à-tout a aussi utilisé une grande palette de supports qu’elle maîtrise très bien : la peinture à l’huile, l’aquatinte et le crayon, la gouache, la céramique, la peinture sur photographie qu’elle pratiquait en 2015. Des reliefs et irrégularités des surfaces plates côtoient des contractions bombées, aux reflets lustrés. L’ensemble oscille entre le flou et le structuré.  L’artiste poursuit sa réflexion sur l’enfance, éros, le corps et la sexualité.

Des espaces abstraits, elle réalise un entre-deux, une prise de position, une nouvelle alliance : des porcelaines abstraites, qui vibrent selon l’humeur et le geste. Elle cultive sa fantaisie avec singularité. Elle donne corps à des portraits en céramique émaillée, en rouge et rose sur fond blanc, d’enfants grandeur nature. En position assise, aux cheveux qui laissent apparaitre les visages ici non cachés, les enfants jouent l’invisibilité trompeuse. Les corps sont savamment dessinés et exécutés de façon réaliste. Ils sont la continuité logique, articulation d’une topologie d’œuvres à produire à différentes échelles. L’abîme mis à nu pour mieux le dépasser tient une place particulière dans l’œuvre de l’artiste. C’est par l’imaginaire qu’elle projette une image d’elle-même plus attrayante lorsqu’elle retrouve sa propre peau. Son approche, vis-à-vis des différentes matières, joue avec leur impact tactile et visuel, et célèbre la turbulence en étendard.

céramique n°8 2019 + fresque

(c) Jimmy Seng

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Exposition de groupe, Galerie | Joseph, 116 Rue de Turenne, 75003 Paris, jusqu’au 22 février 2019.