La revue littéraire et artistique

Panorama des histoires passées et récentes de l’art roumain

Dans le cadre de la saison France-Roumanie, 2019, la fondation Art Encounters Timisoara organise une exposition, sous le commissariat d’Ami Barack, à l’espace Niemeyer à Paris.
Des œuvres de collections publiques, privées, d’artistes et de galeries, issues des avant-gardes roumaines du XXe et XXIe siècle sont présentées au siège du Parti communiste français, dont la fameuse coupole, dôme de béton de base conique, qui fut achevée en 1980 et dans laquelle sont projetées des vidéos de huit artistes.

Coupole

Coupole, siège du Parti communiste français © Nathalie Gallon

L’ensemble des pièces, toutes confondues, incite une réflexion sur l’abolition des frontières et des références nationales. Parmi elles, celles de Constantin Brancusi, Tristan Tzara et Victor Brauner. L’exposition est intitulée Ex East, ou « exit », jeu de mot suggéré par le commissaire qui s’est inspiré du livre Dada East de Tom Sandqvist. Brauner, dadaïste, puis surréaliste, a affirmé que toutes ses peintures étaient autobiographiques d’une manière ou d’une autre. Sevrage du Moi, huile sur panneau de bois, 1949, a une résonance particulière, vu le succès récent de l’Art brut. Sa pratique comprenait la peinture, le dessin et la gravure, et s’inspirait de systèmes symboliques disparates comme les cartes de tarot, les hiéroglyphes égyptiens et les anciens textes mexicains. Tristan Tzara, co-fondateur et sommité du mouvement dada a été fortement marqué par le folklore et le symbolisme dans le Petit Paris des Balkans. De même Isidore Isou, fondateur du lettrisme a marqué de manière significative l’époque d’après-guerre avec notamment la poésie sonore et visuelle. Ana Lupas avait réalisé une installation colossale sur un temps long (1964-2008), montrée à la Tate  Modern, comprenant 21 sculptures et treillis métallique. Ici un drapeau en métal, drapeau de guerre, 1990, sur une structure en bronze, recouverte d’une chaîne bouscule la relecture de l’histoire politique roumaine. Tout comme Geta Brătescu, elle a résisté à ce dogme esthétique, renonçant aux allégories et aux scènes figurales de l’art sanctionné par Ceausescu. Les artistes du pays étaient censés être des réalistes socialistes. La série, La règle du cercle, la règle du jeu, 1985, de Geta Bratescu est un ensemble de collages de textiles et d’aquarelles. Ils rappellent Dada et constituent des points de rencontre entre différents espaces (industriel/atelier personnel) qui réapparaitront, tout au long de sa vie. Autre point de vue pas si éloigné de celui du peintre Adrian Ghenie, qui par ses toiles, Bassement feeling, 2007, et Nocturne, 2005, traite du souvenir sous le régime communiste. Le sous-sol de l’artiste devient un espace, qui, à la fois, protège et qui permet d’oublier. Micea Cantor propose une nouvelle trame entre art populaire du textile et art contemporain de la mode, par un exemple avec une création de Dior. Le lauréat du Prix Marcel Duchamp 2011 affirme son attachement aux vocabulaires culturels de son pays d’origine. À la fin de l’exposition, les dessins et inscriptions sur un mur, de Dan Perjovschi, humoristiques, souvent éphémères et critiques, assument les états de malaise liés aux bouleversements sociaux, politiques et économiques d’aujourd’hui et qui coexistent avec des carnets ou vitres de fenêtres. Selon la théorie de la dissonance cognitive, lorsque les circonstances amènent une personne à agir en désaccord avec ses croyances, cette personne éprouve un état de tension appelé dissonance, qui, par la suite, tendra à être réduit, par exemple par une modification des croyances dans le sens de l’acte. Il ajustera son attitude initiale, de manière à la rendre davantage conforme à l’acte problématique réalisé.

Un grand nombre d’artistes ponctuent cette échappée. Au fond, ils ont tenté de résister à l’oppression et, par conséquent, il est toujours intéressant de voir comment et de savoir de quelle façon. La scénographie de Vincent le Bourdon est particulièrement, réussie d’autant plus que l’espace, tout en béton, connait d’énormes contraintes.

« Ex East », Espace Niemeyer, Paris, jusqu’au 16 mars 2019.