La revue littéraire et artistique

« Dans l’Utérus du volcan » d’Andrea Genovese

Un roman flamboyant à l’ombre de l’Etna, qui confronte culture sicilienne et culture française : Dans l’Utérus du volcan d’Andrea Genovese

Vanni, un poète messinois exilé à Lyon depuis de longues années, retrouve sa ville natale pour recevoir un prix de poésie qu’on a, contre toute attente, décidé de décerner à son œuvre. Le roman s’ouvre sur la cérémonie de remise du Grand prix de poésie chrétienne Gaetano Ferrella, qui se déroule à grand renfort de discours grandiloquents, d’hypocrisie bon teint et de buffet orgiaque pour couronner l’ensemble. Le ton est donné.

L’écrivain quinquagénaire va alors initier un périple de quelques jours, oscillant entre les deux pôles féminins qui l’obsèdent : Louise, sa femme, une jolie Lyonnaise délicate et raffinée, qui découvre la Sicile, et Lillina, une jeune Sicilienne d’une sensualité explosive, que Lorenzo Ferrella, le grand mécène mafieux auprès duquel elle officiait, vient de congédier.

De l’Etna aux Îles Éoliennes, de la brûlure du volcan à la mer qui n’apaise pas vraiment, c’est tout un pan du passé de Vanni qui resurgit au gré de l’itinéraire qu’il décrit, entouré de ses deux incarnations de la féminité. Le temps de la corruption, des exécutions sommaires, de la collusion de tous les pouvoirs, des pratiques mafieuses et des accommodements avec la légalité est un temps immuable. Au gré des retrouvailles avec les amis, les êtres chers et les proches, c’est au contraire une autre temporalité qui s’impose. Les années ont passé, les parcours des uns et des autres se sont infléchis, les personnes ont vieilli, les idéaux de la jeunesse ont pâli.

« Les Siciliens ne vivaient pas, ils jouaient a soggetto [en improvisant] comme chantait l’affiche sur la porte, annonçant la pièce de Pirandello au théâtre gréco-romain ».

Sous l’œil cyclopéen de Mongibello, l’autre nom arabe du volcan, la comédie à l’italienne éclate, plaçant Louise devant une énigme abyssale et Vanni à la croisée des chemins entre nostalgie, érotisme, colère et sentiment d’impuissance.

Le style déployé par Andrea Genovese reste incontestablement la grande réussite de ce roman. Le romancier, nourri par le poète, le dramaturge et le polémiste, donne chair à une langue d’une richesse incomparable, où les néologismes sont finement ciselés et opèrent une fusion linguistique rêvée (latin, italien, sicilien, français). Le français, cette langue d’adoption tant aimée, est au service d’une écriture flamboyante, qui produit des descriptions de paysages magnifiques, sonde avec justesse le tréfonds de l’âme humaine et sait aussi se faire l’instrument d’une critique acérée qui prend pour cible toute sorte de dévoiements, d’opportunismes, politiques ou religieux, sans oublier le parasitisme littéraire.

 

Un auteur et une écriture sans compromission, on l’aura compris, qui redonnent de la vitalité à une littérature contemporaine souvent à bout de souffle et à court d’idées. Ce premier roman français d’Andrea Genovese, peut enfin arborer, après une trop longue errance éditoriale, les couleurs que les lecteurs sauront reconnaître.

Dans l’Utérus du volcan d’Andrea Genovese, Éditions Maurice Nadeau-Lettres Nouvelles, Paris, janvier 2018.