La revue littéraire et artistique

La collection Alana au musée Jacquemart André

Lorenzo Monaco, L’Annonciation (détail), vers 1420-1424, tempera et or sur bois, 169,6 x 120,7 cm ©Allison Chipak

Le musée Jacquemart André, déjà connu pour ses collections d’art religieux italien, présente plus de 75 chefs-d’œuvre des grands maitres italiens que furent Lorenzo Monaco, Fra Angelico, Uccello, Lippi, Bellini, Carpaccio, Le Tintoret, Véronèse, Bronzino ou encore Gentileschi. Elles témoignent de la frénésie artistique qu’a connu l’Italie du Nord au Trecento et au Quattrocento ainsi que du grand rayonnement culturel et économique qu’elle a eu dans toute l’Europe, inspirant les artistes de puissants pays.

Voici une occasion unique de contempler pour la première fois des tableaux, sculptures et objets d’art jamais encore présentés au grand public. La collection Alana — du couple Alvaro Saieh et Ana Guzmán — est un florilège chrétien des plus belles pièces d’il Rinascimento. D’années en années, la passion des « Alana » pour l’art gothique dit « international » s’est néanmoins muée en une fascination pour la peinture baroque et caravagesque (on pourra admirer ces toiles qui s’affranchissent de la vision médiévale qui prévalait jusqu’alors pour laisser place à une nouvelle ferveur religieuse).

Quelques toiles réunies pour cette exposition présentent les défauts typiques des Primitifs italiens de la Pré-renaissance — à savoir la non-maîtrise des proportions anatomiques et de la perspective — elles en sont d’autant plus touchantes, puisqu’un peu naïves. Pour autant, la faiblesse technique ne les prive pas de leur vocation cultuelle, elles possèdent indéniablement une aura religieuse puissante.
Le raffinement des détails s’obtient par le travail de dorure à l’or fin qui confère pureté du trait et élégance aux personnages. Sur le plan artistique, je ne peux qu’être subjuguée par la luminescence et la puissance de ces oeuvres magiques et fastueuses. Apothéotiques, elles procurent repos et apaisement.

Je suis ravie également que cette exposition présente des toiles auréolées de joie avec des Vierges à l’Enfant apaisées ; en effet, trop souvent, la peinture religieuse fait surgir des Christs en Croix et des martyrs — même si ces motifs sont évidemment incontournables, l’alternance de scènes radieuses puis pathétiques est souhaitable pour permettre au visiteur de ne pas se morfondre.
Les Annonciations — la collection Alana en possède de très belles, celle de Monaco par exemple — revêtent donc une importance particulière pour moi puisqu’elles sont chargées d’espoir. Elles ont la particularité de faire coexister trois Verbes : le Verbe divin et silencieux qui féconde la Vierge miraculeusement, le Verbe angélique et médiateur qui délivre le message divin (sur les toiles, concrètement, ce sont les phylactères qui rendent tangible le message) et enfin le Verbe de Marie qui répond à l’ange Gabriel : « Fiat mihi secundum verbum tuum, qu’il soit fait de moi selon ton verbe » : elle accepte alors de changer l’Histoire.

5ec0e777643cd43175145885f3c8857e

La collection Alana, chefs-d’oeuvres de la peinture italienne, au musée Jacquemart André jusqu’au 20 janvier 2019.