La revue littéraire et artistique

Les vitraux mobiles de Sarkis

69 – Tête blessée en néons, Sarkis, 2012 Vitrail, métal, led 77,7 x 58,8 cm Edition 2 + 1 AP
Crédit photo : Sarkis
Courtesy de l’artiste et
Galerie Nathalie Obadia
Paris / Bruxelles

Et toute cette volière infernale lâchée autour de l’anachorète…

Sarkis a méticuleusement sélectionné 60 vitraux de tailles différentes, accrochés sur un seul et même mur, ensemble, en réseau tout comme la visite d’un atelier d’un peintre, dans la galerie Nathalie Obadia, dans le Marais, à Paris.

Utiliser couleurs et lumière afin de « diriger la pensée des fidèles par des moyens matériels vers ce qui est immatériel », c’est ainsi que se définissait la fonction du vitrail religieux au XIIe siècle. Une commande publique, il y a vingt ans, pour l’Abbaye de Silvacane a déclenché toute une série de projets depuis son premier contact avec la technique du vitrail et dès lors, l’artiste reste très proche de ces œuvres en verre qui ont intégré les transformations liées au numérique.

Dans un contexte contemporain, les travaux de Sarkis nous rendent sensibles à une autre temporalité. Et tout le génie créateur de Sarkis est justement d’avoir décidé de poursuivre avec le vitrail comme représentation. Un vitrail aux techniques d’aujourd’hui, c’est-à-dire plus léger, éclairé au dos par des leds (on peut aussi s’interroger sur la volonté de faire figurer le dos de l’œuvre enfin de le souligner sans le voir, et qui offre sur l’autre face, des perspectives linéaires et aériennes, où les surlignages métalliques ne perturbent en rien, la vision globale des transcriptions offertes. En effet, les vitraux capturent une certaine histoire, sous forme d’images d’archives qui ne cachent pas leurs origines liées aux ravages qui est porteuse de risques qui pourraient resurgir. Peu d’œuvres sont à tel point saturées de référence aux blessures et en même temps, elles sont parcourues d’un imaginaire (lié à la fiction, comme la référence à Tolkien) et d’une invitation à prendre en compte la réalité.

Ces talismans mobiles plébiscités avec tact et avec une inquiétante minutie dans le tourbillon de l’Histoire ne sont pas religieux : l’artiste les transforme en une autre lecture, sous forme de symboles, de la préhistoire à aujourd’hui filtrés par l’état chaotique du monde, qui se répondent, en couleurs (rouge, vert, bleu). Debout devant cet échafaudage d’œuvres dont certaines qui se reconnaissent par leur référence à l’histoire de l’art, on ne peut capturer d’un seul coup d’œil tous les vitraux de gauche à droite. La couleur rouge, au centre se détache et ce qui saute aux yeux, au premier abord c’est le rouge sang, le feu, les cendres, la finitude. Ne serait-ce une fable métaphysique qui se tourne alternativement vers l’Inde, la Turquie, le Japon, l’Allemagne, la France ?

On y retrouve le lien entre le culte orthodoxe et son travail sur l’art byzantin. Le travail  de Sarkis allie des images liées à l’actualité (femmes et hommes sans domicile fixe) et des représentations liées à la civilisation/barbarie qui confrontent la force de la représentation par l’artiste au glaive. À cheval à la fois céleste et chtonien, comme ses Innocents, datés de 2007, qui pendant leur voyage lorsqu’ils se fraient un passage du ciel aux enfers ou l’inverse.

L’œuvre qui l’occupe depuis toujours, c’est le retable d’Issenheim, avec sa Crucifixion, aux mains crispées dans la douleur. Chaque année, guidé par ses retrouvailles avec la fameuse verticalité du panneau peint, il aime venir en Alsace qui pour lui est une sorte de piqûre de rappel engendrant le principe de régénération lié à ce déplacement particulier. Sarkis y ajoute le Kriegsschaft, le « trésor de guerre » en panneau rectangulaire de 3 lettres sur 4 en hauteur.

Il tisse à merveille un récit personnel avec l’Histoire, en plein chaos, qui appelle à revoir ses œuvres au domaine de Chaumont-sur-Loire, qui elles, sont installées de façon pérenne.

Sarkis à la galerie Nathalie Obadia jusqu’au 21 décembre 2019

 

69 - Tête blessée en néon

69 – Tête blessée en néons, Sarkis, 2012 Vitrail, métal, led 77,7 x 58,8 cm Edition 2 + 1 AP Crédit photo : Sarkis Courtesy de l’artiste et Galerie Nathalie Obadia Paris / Bruxelles

KRIEGSSCHATZ EN CROUTES de plaies 1979-2018 103x52cm

85 – KRIEGSSCHATZ en croûtes de plaies, 1979 – 2018 Vitrail, métal, led 103 x 52 cm Edition 2 + 1 AP Crédit photo : Sarkis Courtesy de l’artiste et Galerie Nathalie Obadia Paris / Bruxelles

Les Innocents V4_

Les Innocents V4, 2007 Vitrail, cadre métallique, led 55,1 x 61 x 7 cm Edition 2 + 1 AP Crédit photo : We Docu- ment Art Courtesy de l’artiste et Galerie Nathalie Obadia Paris / Bruxelles