La revue littéraire et artistique

Le roi du silence et jusqu’au jour

Jusqu’au jour (1/2)
Encre de chine, graphite, craie noire, 50 x 60 cm, 2017
©Adagp, Paris, 2019

De Laura Bottereau et Marine Fiquet, un travail à quatre mains

Lors d’un entretien donné en 2017, les artistes, d’une seule voix, parlent d’enfouissement, de quelque chose de dissimulé, mais on devine que quelque chose est caché. Il existe alors, vu du dehors un intervalle, offert. Pour quoi faire ? Donc qui serait en dehors de la dissimulation, et qui inviterait à aller chercher, à creuser pour voir ce qui se travestit – dedans – sous la tête, surdimensionnée, aux oreilles traversées par une branche sur laquelle un minouchet, au tee-shirt rayé blanc et rouge à califourchon, ferme les yeux. Il touche amicalement le crâne dégarni de la tête/masque posée sur le corps d’un deuxième enfant, de dos, uniquement vêtu d’une culotte noire.

Les artistes réfléchissent ensemble à quatre mains et par ensembles. A l’encre de Chine, dans l’œuvre Jusqu’au jour, deux mains tiennent une branche qui débride des surfaces lesquelles ne sont pas à mettre sur le même plan. Des ensembles qui s’enchevêtrent, s’entrechoquent et cohabitent pour créer des marges, comme des plans en oblique, et comme un paravent de panneaux/écorces en volume qui s’emboîtent pour évoquer d’autres narrations. Un visage qui se dédouble, proposé en noir et blanc pour initier un être, coupé en deux, traversé au niveau de la bouche par un rameau, qui dédoublé est soutenu par deux autres mains. Elles aiment que leur figure ne soit pas seule, mais accompagnée, d’où des formes gigognes qui s’emboîtent ou non mais qui coexistent, tout en étant autonomes un peu comme la façon dont les deux artistes travaillent. En écho, consciemment conçu ou parfois non. Le fragment des corps en appel à d’autres parties de corps qui forment une combinaison audacieuse.

De même qu’elles multiplient les supports, la vidéo et le texte qui se répondent, engagées, elles revendiquent. Souvent les yeux sont représentés, recouverts ou clos. Introduire plusieurs dimensions, perspective, aplat, et parfois un son qui surgirait du passé. Les lèvres sont souvent entrouvertes, ici (dans Le roi du silence) peintes en rouge, elles laissent apparaître les dents écartées dites « du bonheur ». Celle de l’enfant, aux joues écarlates assis sourit lèvres closes. On ne sait pas si un murmure pourrait être susurré. Les artistes jouent avec ironie avec la psychanalyse et des jeux de main/mot ou jeux de vilains, autour des rapports, liés à la pénétration. Elles s’amusent avec les mots/valises, recherches lexicales de registre tout de même lié au sexe, au bâton, au serpent démesuré qui sert de nez au masque/tête, du Roi du silence. Elles partent à partir de mots pour en arriver à une interprétation de formes, ou sculptures qui engendrent ensuite des notions comme la domination, le fétichisme mais de façon surréelle. Elles cherchent à ébranler les codes de représentation pour déconstruire une image stéréotypée :

« Dans nos cheminements personnels, tout autant que dans notre travail, nous interrogeons LES féminités et LES masculinités pour montrer que le genre peut se dé/faire »…

« Les normes qui codifient les constructions de genre et de sexualité reproduisent en le confortant le rapport de domination et de pouvoir qui s’exerce dans notre environnement social ».

Le dessin tient une place centrale ainsi que l’installation. Parfois, elles passent du volume au dessin paradoxalement. Et cela se ressent dans la mise en forme. Pas de hiérarchie.

« Nous envisageons le dessin comme un lieu de flottements : les décors et les actions qui s’y déploient sont mis en périls, les figures enfantines errent sur des structures précaires, des passerelles instables qui font du blanc du papier un espace inquiétant, celui d’une chute possible. L’enfance est pour nous un espace qu’il nous plaît de subvertir et de réinventer. »

Des distorsions galvanisent les portraits d’adolescents aux nuances inédites où animalité et corps/paysages sont parés de malice. Sous la forme d’apparence trompeuse, les personnages/totem viennent mettre en jeu, le rapport au corps avec une assurance effrontée.

Un dessin/feutre et une encre de Chine des deux artistes étaient présentés au salon Galeristes 2019 par Meyer Zevil Art Projects, nouvelle structure, lancée par Christine et Philippe Benadretti, au Domaine de la Ferme du Golf, en Bretagne. Véritable programme philanthropique, il accueillera les projets sélectionnés par le couple et Nicolas de Ribou. Meyerzevil-artprojects.eu

Meyer Zevil Art  Projects seront présents au Salon Appro che, à Paris du 8 au 10 novembre 2019.

Le roi du silence copia

Le Roi du Silence Dessin, feutres et encre de chine, 40 x 50 cm, 2016 ©Adagp, Paris, 2019

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