La revue littéraire et artistique

Tolkien, voyage en Terre du Milieu

J.R.R. Tolkien, maquette de la jaquette pour La Fraternité de l’Anneau, 1954.
© Bodleian Library / The Tolkien Trust 2019-2020

Si ce n’est déjà chose faite, je vous invite à aller voir l’exposition d’envergure consacrée à Tolkien par la BnF. Richement documentée, elle réunit plus de 300 pièces : d’une part les manuscrits, illustrations et dessins originaux que l’auteur a produits sur une soixantaine d’années  — prêtés par la Bodleian Library d’Oxford et les Marquette University Libraries (États-Unis) — et de l’autre un florilège de pièces rares — enluminures, manuscrits médiévaux et gravures puisés dans les collections de la BnF.

La scénographie immersive nous transporte dans des lieux familiers, de la Comté au Gondor en passant par la forêt des Ents. On appréciera particulièrement l’atmosphère se dégageant de la salle dédiée au Mordor, dont la décoration reprend des illustrations de l’auteur lui-même. Sur le plan sonore, le poème de l’Anneau déclamé par Tolkien dans le parler noir produit un effet saisissant, complétant magistralement le tableau.
Outre la présence d’armes anciennes issues de fouilles archéologiques  — sources d’inspiration pour l’auteur, toujours soucieux d’exactitude scientifique — il est remarquable d’avoir pensé à intégrer à la mise en scène des éléments naturels : l’or, le cristal, le quartz rappellent les mines des nains et l’orfèvrerie elfique, un stalagmite de basalte suggère la terre volcanique du Mordor… Et que dire des tapisseries d’Aubusson tissées à partir des aquarelles de Tolkien, ou encore des portes de la Moria, dont le phosphorescent tracé saisit le visiteur tout disposé à en percer les mystères ?

On l’aura compris l’exposition ne peut que séduire les lecteurs de Tolkien. Néanmoins, elle vise, de façon assez inattendue et habile, un plus large public, qu’il soit bibliophile, amateur d’Histoire ou de Belles Lettres. En effet, nulle obligation d’avoir lu Le Seigneur des Anneaux ou Le Hobbit pour apprécier la visite. Plus qu’une simple monographie de l’oeuvre du professeur d’Oxford, cette exposition présente surtout ses sources d’inspiration : légendes chrétiennes — Saint Georges et le dragon par exemple — folklore germanique, celtique et nordique, légende arthurienne, etc.

Si Tolkien est avant tout connu pour avoir écrit le célébrissime Seigneur des Anneaux, il est également un philologue érudit à qui l’on doit, entre autres, une traduction de Beowulf qui fait référence, ou encore des entrées dans l’Oxford English Dictionary.

« Tolkien, voyage en Terre du Milieu », Bibliothèque nationale de France jusqu’au 16 février 2020.