La revue littéraire et artistique

Swallow, aux confins de la folie, un film de Carlo Mirabella-Davi

Quand Richie (Austen Stowell) est nommé directeur de l’entreprise par son père, sous le crépitement des applaudissements, on distingue le visage poupon d’Hunter (Haley Benett) sourire. Plus tard, au dîner, tous les deux, elle lui déclare, émue : « je me sens si chanceuse ». Richie est absorbé par son portable, il n’entend pas ce que sa femme lui dit. Qu’importe : Hunter, ivre de sa chance, elle originaire d’un milieu si modeste, anciennement vendeuse de produits pour le bain, continue de sourire. Rapidement ensuite, lorsque Richie annonce à ses parents qu’Hunter et lui vont avoir un bébé (Il dit : « On est enceinte »), le père de Richie s’empresse de toucher le ventre de Hunter. Il présage : à l’intérieur se trouve le futur repreneur de l’entreprise familiale, « héritier de la dynastie ». Hunter, encore, sourit. Le lendemain, sa belle-mère apparaît de façon impromptue dans sa chambre pour lui offrir un livre sur la maternité. Hunter sursaute, remercie chaleureusement. Elle sourit. 

C’est seulement à mesure que son ventre s’arrondit, dans le soleil éclatant qui pénètre par les baies vitrées de leur luxueuse maison de verre, que cette héroïne hitchcockienne se ternit.  Plongée dans le noir, elle s’évertue à suivre des conseils pour vivre une « maternité épanouie ». Une vidéo explique notamment les bienfaits de manger son placenta. Le livre offert par sa belle-mère argue aussi qu’il faut faire chaque jour « quelque chose d’inattendu ». Justement, ça tombe bien : les pulsions grandissent. Peu à peu, Hunter se met à avaler des aliments non-comestibles : billes, puis dés à coudre, puis piles, puis objets tranchants. Elle les digère, les récupère, puis les expose comme des trophées sur la coiffeuse de la chambre conjugale. 

C’est seulement dans le cabinet de la psy, où elle est contrainte d’aller par ses beaux-parents, qu’Hunter révèlera une possible raison de son trouble. S’ensuit un road trip inversé où il s’agira de rouler vers le passé pour retrouver la lumière. Dommage que le scénario en pâtisse. 

Dans cette deuxième partie, Carlo Mirabella-Davis (dont c’est le premier film) laissera en effet quelques-uns de ses personnages secondaires sur le bas-côté. Ceux du passé, notamment, manquent d’incarnation. C’est d’autant plus dommage que ceux dits « du présent », comme la belle-mère, étaient d’une complexité intéressante. 

Les scènes plus explicatives, aussi, font perdre au film son pouvoir de suggestion. Pas sûr qu’il soit, en littérature ou dans le cinéma, nécessaire d’expliciter toutes les névroses d’un personnage pour qu’il soit pris au sérieux par le spectateur.

Mais ce qui impressionne, surtout, au fond, dans Swallow, au-delà d’une photographie renversante, est l’originalité de l’idée. Si ce trouble consistant à avaler des aliments non-comestibles existe (c’est la maladie de Pica), Davis en fait ici un usage qui donne toute sa singularité à ce portrait de femme. Il est certain que débarrassé des fantômes trop annihilants de ses influences (on reconnaît notamment des références marquées au cinéma de Dario Argento), le prochain film ne sera fait que des qualités du premier. Il sera beau et trouble. 

Camille Bonvalet vient de faire paraitre son premier roman, Échographie du vide, chez Autrement.