La revue littéraire et artistique

« Ma Louise », Édouard Moradpour

Un gynécologue parisien aisé, bon père de famille catholique, s’éprend d’une factrice qui a l’âge d’être sa fille… c’est vieux comme le monde. Lui qui vit dans un monde étriqué et guindé est séduit par la fraicheur et la liberté de la jeune femme. Jusqu’ici, relativement conventionnel.

L’ensemble se déroule dans un Paris germanopratin sous fond de jazz, de peinture moderne et de littérature d’avant-garde. L’écriture est simple, voire descriptive, à la façon de celle de Patrick Modiano, incontestablement. Moradpour parvient à rendre compte d’une atmosphère particulière : on sent les parfums des étals, on imagine la pluie sur les toits de la chambre de bonne de Louise, on rit de l’air pincé des clientes du gynécologue. L’auteur parvient à cet effet en s’attardant sur des détails apparemment insignifiants, mais pourtant essentiels pour rendre compte d’une ambiance singulière. C’est un écrivain du « lieu » avant tout. Paris est un personnage à part entière, rassurant parce que figé dans le temps, presqu’un Paris de carte postale en noir et blanc. Un Paris de publicité pour des marques de luxe.

J’ai lu d’une traite ce texte délicat et mélancolique, parce qu’il a réussi à me surprendre. La fin n’est pas celle que l’on s’attend à lire — même si quelques indices peuvent laisser entendre une issue étonnante, à commencer par la citation de Nietzsche placée en exergue de l’ouvrage : « Qui trop combat le dragon, devient dragon lui-même ».

Roman d’amour oui, si l’on considère qu’Éros n’évolue jamais seul et que Thanatos l’attend au coin de la rue. Roman de la passion oui, si l’on on accepte que jeux de dupes et fourberies la ternissent. Ma Louise est un drame contemporain construit à la façon d’une tragédie classique.

Ma Louise, Édouard Moradpour, Éditions Michel de Maule, sortie prévue le 13 août 2020. Fait partie de la sélection Printemps 2020 du Renaudot, à suivre !