La revue littéraire et artistique

Amor y Pasión : Topographie du sentiment amoureux dans l’Espagne moderne

C’est un programme tout en contrastes, qui dessine, à la façon d’une carte topographique, les reliefs amoureux de l’Espagne de la première moitié du XXe siècle.

Amour et passion : une distinction qui, si elle peut sembler d’abord quelque peu artificielle, prend tout son sens lorsque la chanteuse mezzo-soprano Maria Mirante et le pianiste Paul Beynet s’en emparent. 

Ensemble, ils convoquent une Espagne gouvernée par ces deux sentiments souverains qui se partagent à part égale le cœur des hommes. L’amour (amor) d’abord, ce sentiment noble, élaboré, que sanctifient les liens du mariage dans une Espagne très pieuse. La passion (pasión), ensuite, exhubérante dans ses manifestations, se moquant des conventions sociales et dont la brûlure vive ne s’appaise tout à fait que dans la violence ou la mort.

Amor y Pasión nous emmène en voyage sur cette terre de contrastes qu’est l’Espagne, à travers un répertoire allant chercher du côté des grands cycles de mélodies espagnoles (Siete canciones populares españolas, Canciones clásicas españolas), la zarzuela (El barberillo de Lavapiés, La alegría del batallón, Las Hijas del Zebedeo) ou encore la chanson populaire. 

On y croise toute une panoplie de personnages hauts en couleur, aux prises avec des intrigues amoureuses où le grostesque le dispute au tragique, l’exaltation à la nostalgie. Si toutes les classes sociales sont représentées, du petit peuple à l’aristocratie, l’attention est davantage tournée vers l’Espagne des campagnes, des petits artisans et commerçants et des quartiers populaires des grandes villes.

Au-delà du folkore, on peut voir dans ce répertoire un compte-rendu assez réaliste de l’Espagne moderne, ses moeurs, ses langues et leurs particularismes régionaux, mais aussi ses paysages, tels que les rues de Madrid et ses monuments, décrits avec précision dans El barberillo de Lavapiés dont le titre renvoie à l’ancien quartier populaire madrilène de Lavapiés où se déroule l’action de la zarzuela de Barbieri. 

Qu’il s’agisse de l’arrangement d’une chanson traditionnelle, de la mise en musique d’un poème ou d’un livret en prose, chacune de ces pièces renferme une part de « l’âme » de l’Espagne, sans jamais tomber dans le cliché : « Nous devons prendre l’inspiration directement du peuple et celui qui ne le comprend pas, ne réussira qu’à faire de son œuvre une imitation plus ou moins ingénieuse de ce qu’il a l’intention de faire. » (Manuel Falla, à propos de ses Siete canciones populares españolas). 

Amor y Pasión est admirablement servi par le timbre riche aux accents tantôt plaintifs, tantôt jubilatoires de Maria Mirante qui n’est pas sans rappeler les cantaoras du flamenco, et le phrasé voluptueux et flamboyant de Paul Beynet qui rend avec brio à ce répertoire les rythmes des danses traditionnelles dont il est issu. 

Le duo était présent au Festival lyrique Remp’Arts le  10  juillet dernier à Tourtouse. Le public pourra les retrouver dans le cadre du festival Voûtes & Voix le 23 juillet prochain, pour un concert à l’Abbaye de Vertheuil (Gironde).

https://www.youtube.com/watch?v=DmqdsI8qTPQ